FRANCOISE HOUZE : dialogue avec LAURENT DEVELAY







Hasard - « Le hasard bavarde, le génie écoute » - Victor Hugo

Est-ce que la création artistique doit être réfléchie, calculée avec un processus bien établi et un objectif défini? C’est ce que pensaient les artistes de la Renaissance, notamment Alberti. Rien n’était laissé au hasard sauf peut-être pour Leonard de Vinci qui préconisait le hasard comme une fabuleuse opportunité pour peindre.

La liberté d’un artiste, pour Françoise Houze, est justement de pouvoir créer sans savoir où l’on va, créer pour aller vers la surprise.

« Une robe achetée il y a bien longtemps, un coupon de tissu chiné au hasard d’une rencontre. Je les ai choisis ou ils se sont imposés à moi. Ils sont rentrés dans l’intimité de mon atelier, ont pris leur place et se sont armés de patience. Jusqu’au moment où je les redécouvre. Leur passé et mon présent se mêlent, l’alchimie est prête à se réaliser ».

La technique qui traverse la création est simple, la toile est un buvard mais un buvard imprudent, l’idée étant de lui donner une autre dimension, en lui servant de medium, un tissu, déchiré, étiré, malmené, agencé, fait pour plaire. La juxtaposition de ces deux sensualités facilitées par une peinture insinuante, des couleurs chaudes font le reste.




Sensualité  

C’est « comme si cette robe était oubliée au fond d’un placard et qui, quand elle ressurgit au grand jour, me ramène dans le passé, mon passé de femme. Son tissu, le pli d’une robe printanière, la transparence d’une robe d’été, des mémoires qui s’entrechoquent et qui nous ramènent des images en tête, des saveurs, des odeurs, des sensations tactiles ». 

Nadine Vasseur exprime ceci avec justesse : « le monde ne cesse de faire des plis. Des plissements géologiques aux plis sur l’eau, des rides du corps aux drapés du vêtement, le pli est le mouvement même de la vie et il en est la trace ». 

Pour Françoise Houze, le pli est une promesse quelquefois non tenue, un courrier qui part porter l’amour, le mouvement d’une étoffe, la crête d’une vague : « oui le pli par son mouvement, par son relief, est prometteur dans l’art que je pratique ». 

La matière? elle est un outil, mais il faut voir au-delà de son omniprésence. Percevoir sa légèreté, son insouciance, son irresponsabilité presque, nous pousse à nous représenter en son sein, tiraillés comme nous le sommes souvent entre les fibres, les plissures et son impression d’ensemble.  

La succession de couches amène à la transparence - les couleurs maitrisées nous ramènent à la mode, à la femme désincarnée, à ce sentiment d’étrangeté, ce corps qui flotte et cette âme qui scintille. Réunir ce corps, le rattacher à l’âme, une nécessité.







Nécessité

Peindre, créer, est une nécessité, pour l’artiste, un besoin plus qu’un don : « je dis souvent que je peins comme je fais le ménage. Sans réfléchir, par réflexe presque. Faire la clarté en moi, ce moi qui quelquefois se désincarne. Mettre en exergue, nettoyer, ranger et me sentir mieux une fois le travail bien fait ».

On pourrait se laisser aller et voir le second degré de cette phrase prendre le pas sur tout le reste. « Déambulant dans mon atelier, le tissu tombe sous mes yeux, il s’impose. Je le prends, vérifie sa texture, sa sensualité. Je m’empresse de le sentir, de deviner sa vie, sa provenance ». L’artiste l’imagine alors comme une pièce du puzzle de sa prochaine création. 

Nécessité de jouer avec la matière, de laisser toute sa place à l’aléatoire, au hasard. Peindre sur ce voile transparent amène la peinture à transpercer, l’envers est peint mais aussi le support. Où est l’envers ? Où est l’endroit ? 

Cette nécessité, la pratique artistique comme exercice solitaire, pour Françoise Houze, c’est le bonheur de la vie. Bien sûr il y a aussi le regard de l’autre, des autres. « Même si je n’impose rien, même si tout ce cheminement n’a pas pour but ultime de plaire, l’intérêt et le questionnement, l’émerveillement parfois, me confortent dans ma démarche. Que mon travail interroge, qu’il ne laisse pas indifférent, c’est déjà une victoire, la victoire d’une démarche, la victoire d’une recherche esthétique, l’histoire d’une vie ».




Interview et textes - Laurent Develay - hiver 2017.



















 

 

   Aucun article pour le moment